Yves Namur
Yves Namur est né à Namur le 13 juillet 1952. Il passe son enfance à Mornimont, petit village de la Basse-Sambre où l’un de ses instituteurs, Christian Bierlaire, initie très tôt ses élèves à la peinture ou la littérature, leur choisissant des correspondants. Le sien était Claude Seignolle, l’auteur fantastique. Après des humanités gréco-latines, où on le surnomme Empédocle, il fréquente la faculté de médecine de Louvain, des cours de philosophie et lettres, «Le Bateau ivre» ou «L’Œil nu», des cercles littéraires dans lesquels il fait la connaissance de François Emmanuel, Francis Dannemark ou Monique Dorsel.
Mais, il côtoie plus particulièrement un couple auquel il sera infiniment redevable : Cécile et André Miguel, qui lui font découvrir Edmond Jabès, les membres du groupe Phantomas, les surréalistes ou les irréguliers du langage. D’autres auteurs qui fréquentent leur maison de Ligny : Jean-Pierre Verheggen, Christian Hubin ou Jacques Crickillon. Ils seront à leurs côtés jusqu’à leurs disparitions.
Curieusement, une autrice, qui n’évolue pas dans ce milieu des irréguliers, aura aussi une certaine influence. C’est Marie Gevers, qui le reçoit à Missembourg, s’enquiert des résultats scolaires de celui qu’elle appelle dans ses lettres «mon petit poisson rouge» quand elle-même signe «la pluie tranquille». C’est elle qui déposera à l’Académie son recueil De mémoire inférieure, prix Georges Lockem, décerné pour la première fois en 1974.
En 1977, Yves Namur s’installe à Châtelineau où il exercera, durant près de quarante-trois ans, le métier de médecin. Après avoir codirigé avec Bernard Noël une collection de poésie à l’enseigne du «Talus d’Approche», il crée, en 1984, sa propre maison d’édition, «Le Taillis Pré». Une maison qui, aujourd’hui encore, fait la part belle aux auteurs du monde entier sans pour autant oublier les poètes belges. Il assume également la direction du Journal des poètes.
En 2001, alors qu’il n’a pas atteint la cinquantaine, il est élu à l’Académie royale de Belgique dont il devient le secrétaire perpétuel en janvier 2020. Depuis 2013, il est également membre, à Paris, de l’Académie Mallarmé.
Son œuvre poétique est faite de deux grandes périodes. Une première, de 1974 à 1990, se compose de publications qu’on pourrait placer sous le signe du minimalisme. Des ouvrages où le poète travaille la langue, lui tord parfois le cou et privilégie souvent une disposition singulière des mots sur la page. Citons, par exemple, Lampes. Langue du borgne (1976), À l’entre-deux (1977), Le Voyage, l’Obscène (1984) et surtout Le Voyage en amont de ( ) vide (L’Arbre à paroles, 1990, réédité au Talus d’Approche, 1995). Un choix, parmi les recueils publiés entre 1975 et 1990, est paru sous le titre Un poème avant les commencements (Le Taillis Pré, en coédition avec Le Noroît, 2013). «J’aime, écrira Bernard Noël, le déchirement qu’il fait dans la langue pour la découdre des faussetés qu’on lui fait d’ordinaire envelopper sous prétexte de poésie.»
À partir de 1990, Yves Namur abandonne quelque peu le «son» pour creuser le «sens». Avec Le Livre des sept portes(1994) et son entrée aux éditions Lettres vives à Paris, il s’inscrira parmi les auteurs se revendiquant d’une poésie pensante. Les piliers sur lesquels s’assoit sa poésie ont pour noms Edmond Jabès, Roberto Juarroz, Paul Celan et Rainer Maria Rilke. Paraissent alors, chez Lettres vives, Le Livre des apparences (2001), Les Ennuagements du cœur (2004), prix Tristan Tzara et prix littéraire de la Communauté française, ou La Tristesse du figuier (2012) qui lui vaudra le prix Mallarmé.
Durant cette période, les éditions Phi à Luxembourg, en coédition avec les Écrits des Forges à Montréal, publient Une parole dans les failles (1997), Figures du très obscur (2000), prix Louise Labé, et La Petite Cuisine bleue (2002), prix Maurice Carême.
En 2013 paraissait Ce que j’ai peut-être fait (Lettres vives), une anthologie reprenant des poèmes parus entre 1992 et 2013. Le poète français Lionel Ray, qui préface cet ouvrage, écrit : « La démarche poétique d’Yves Namur me rappelle cette leçon professée par Mallarmé selon Paul Claudel : devant toute chose se demander non pas ce que c’est mais qu’est-ce que cela veut dire ? »
Les livres d’Yves Namur ont recueilli de nombreux signes d’estime : comptes rendus et articles (Bernard Noël, Mathieu Bénézet, Carl Norac, etc.) ; numéros spéciaux des revues Sud, Autre Sud, L’arbre à paroles, Phoenix ; traductions en allemand, chinois, hongrois, roumain, portugais, italien, espagnol, etc ; poèmes mis en musique par Lucien Guérinel ; plusieurs dizaines de récompenses littéraires dont le Prix Charles Plisnier 1985, le Prix Froissart 1990, le Prix Gauchez-Philippot 1993, le Prix Louise Labé 2001, le Prix Tristan Tzara 2004, le Prix du Parlement de la Communauté française de Belgique 2005, le Prix Mallarmé 2012, et les Prix Guillevic 2008 et prix Lucian Blaga 2022 pour l’ensemble de l’œuvre. Élu en 2001 à l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique, Y. Namur y est reçu officiellement le 1er mars 2003 – avant d’en devenir le Secrétaire perpétuel en 2020.