Bubelè l’enfant à l’ombre | Espace Nord

Bubelè l’enfant à l’ombre

Dossier pédagogique

Par Adolphe Nysenholc
Réalisé par Rossano Rosi
Édition 2015
Pages 15
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Destiné en priorité au corps enseignant, ce dossier présente une analyse de "Bubelè l’enfant à l’ombre" pour permettre aux élèves de mieux découvrir la littérature belge. Vous y trouverez des informations sur les spécificités du texte et de son auteur (résumé, contexte, biographie, prolongements bibliographiques), mais également des pistes de réflexion pour favoriser le débat en classe.

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a) Un roman d’enfant

Bubelè est un roman écrit en narration interne dans la perspective du garçonnet qui en est le protagoniste : Dolfi.

Adolphe Nysenholc réussit à merveille à reproduire le point de vue de l’enfant, par le fait, notamment, qu’il s’abstient (au prix du « décapage » que nous évoquions ci-dessus) de tout commentaire, de toute interprétation, et bien sûr de tout pathos.

Les faits sont rapportés par le narrateur avec les yeux de Dolfi, en refusant toute grandilo- quence sentimentale. Ils sont parfois commentés par lui, certes, mais sans développement, juste par petites touches. Le tout avec suffisamment d’éléments pour permettre au lecteur de reconstituer et de comprendre, dans toute sa complexité, l’événement narré.

Ainsi, la scène de l’abandon est racontée sans que le narrateur joue d’une omniscience toute- puissante qui en aurait affadi la force émotionnelle :

« Ce jour-là, ma mère est venue une dernière fois. Chaque fois, ce pouvait être la dernière. De dessous sa paupière coula une larme. Elle me dit qu’elle avait mal aux yeux. [...]

Son départ me désespéra, au point qu’elle proposa de faire la sieste ensemble. Pour m’endormir, elle m’a raconté la légende du Dibbouk, qu’elle adorait. Ma mère s’appelait comme l’héroïne, Léa ! [...]

Nous étions allongés sur le divan de velours rouge. Je me sentais entouré. Je respirais profondément sa chaleur, mû par le rythme apaisant de sa tendre poitrine. À mon réveil, elle était partie. »

Le lecteur comprend aisément, sans que cela soit explicité, que les visites de la mère provo- quent, bien évidemment, un déchirement chez l’enfant au moment de la séparation : « Chaque fois, ce pouvait être la dernière »... Cette simple phrase a une résonance énorme, exprime sans la dire toute l’angoisse d’un enfant qui voit, sans raison, sa mère s’en aller et le laisser chez des personnes qu’il ne connaît pas ; la « larme » mentionnée ensuite, tout simplement, sans commentaire là non plus, est tout aussi explicite quant à la douleur ressentie par cette mère.

Cette narration économe, sans être jamais sèche, nous place ainsi dans le regard de l’enfant. Tout est vu et ressenti par lui, mais avec suffisamment de détails pour que la réalité de la scè- ne décrite ne soit ni ambiguë ni lacunaire : le lecteur, guidé par le narrateur, comprend d’emblée ce que le garçonnet n’a pas encore compris, à savoir que ce départ est un départ définitif et que ce contact avec la poitrine maternelle est le dernier dont l’enfant va profiter.

Auteur
Adolphe Nysenholc
Adolphe Nysenholc est né à Bruxelles en 1938, fils d’un couple de Polonais qui, d’origine juive, seront déportés en septembre 1942 pour périr à Auschwitz. Adolphe Nysenholc échappe à ce sort : un mois avant, il avait été placé dans... lire la suite
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